Dimanche 11 mars 2012

C’était la fin d’un monde. D’une ère noire, sans foi ni loi. Il n’y avait plus d’humains. Tous éradiqués de la surface du Globe. Des robots, oui, des animaux aussi. Mais plus d’hommes. Il était nécessaire que la vie se perpétue, et comme la Nature a horreur du vide, les espèces se créaient au gré des rencontres.

 

Un rhinocéros, un dromadaire et un robot marchaient le long d’un fleuve. Ils avançaient sans but, dans la lumière, au bord de l’onde pure, près des docks abandonnés. Ils suivaient les rails enfoncés dans le sol, respirant les parfums d’iode et de mimosas en fleurs. La vie coulait en eux ; elle palpitait au creux de leurs reins, se glissait dans leurs veines, faisait battre leur organes en un roulement sourd. Pas après pas, la mécanique de leur corps grinçait, chuintait et cette musique étrange montait, emplissait les airs, se mêlant aux chants d’oiseaux.

 

Le vent emportait les pollens, soufflait sur le chemin bordé d’ajoncs et caressait leurs flancs. Bientôt, ils arrivèrent aux abords d’une ruine, carcasse vide, vestige d’où s’échappaient des nuées de corbeaux, lèpre d’ébène dans le ciel azur. Trois vaches les regardèrent passer en souriant. Elles étaient belles, frisées, sensuelles. Elles clignèrent de l’œil, coquines, et leur indiquèrent le portail de la demeure. Le dromadaire entra en premier. Les murs vibrèrent quand ce fut le tour du rhinocéros et du robot. Ils s’allongèrent à même le sol et goûtèrent à un repos bien mérité.

 

 

 

La nuit tomba peu à peu. Les étoiles s’allumèrent au dessus d’eux, sur la voûte céleste. Puis les vaches les rejoignirent et chacun s’accoupla avec la compagne de son choix, afin de perpétuer les espèces, de créer de nouvelles races, entrelacs de rouilles et de chairs qui pourraient repeupler les déserts et les plaines.

 

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