Lundi 31 octobre 2011

Il y a des périodes où l’inspiration est absente parce que le lieu dans lequel on se trouve n’est pas propice à la création. Dans l’air, quelque chose d’imperceptible, d’étrange, empêche la concentration. On a beau s’y mettre chaque jour, impossible d’écrire trois lignes. J’ai bien essayé pourtant la semaine passée dans la maison qui m’a vue grandir. Peine perdue.

J’ai pu écrire le premier soir, oui, encore pleine d’énergie. Et puis au fil des jours, je me suis laissée gagner par le manque d’entrain, la lassitude. Il y a des lieux où l’on ne se sent pas chez soi. Des lieux chargés d’histoires, d’émotion… Des lieux qui appartiennent au passé et dans lesquels le futur n’est pas.

Les murs suintent. On a beau repeindre, arracher les tapisseries, coller de nouveaux papiers ; par-dessous, tapis comme des esprits malins, se terrent les souvenirs, ceux que gardent les puits fleuris de chrysanthèmes… les mots longtemps tus et que l’on murmure au vent du large pour s’en débarrasser à jamais.

Il n’y a plus de regrets. Il n’y a pas eu de pincement, de larmes cachées, d’aiguillon. Il n’y en aura plus. Il m’aura fallut trois ans, trois années de deuil. En cette veille de Toussaint où ton souvenir demeure, je n’éprouve plus de peine. J’ai compris.

Tu m’as livré tes mystères au creux de la tombe. Tu m’as ouvert ton âme, tu m’as dit tes secrets – ô, pas tous, non ! Je t’ai écoutée mais je n’ai pas réalisé que c’était des adieux. Tu m’as accordée ta confiance et par cela, chargée d’un lourd fardeau. J’ai longtemps cru qu’il fallait que je relie les êtres, les gens qui pensaient t’aimer, que je rassemble les souvenirs épars. Que je comble les failles. Vanité de mes entreprises ! Tu ne me demandais rien !

Désormais, allégée de ce poids, à la veille de ton anniversaire, la tristesse n’est plus. Les passions, les attentes vaines, les délires appartiennent aux autres, qu’ils les gardent ! Les illusions, les faux-semblants, les images mentales, créées de toutes pièces, projetées sur des miroirs déformants, je ne peux ni les entretenir, ni les empêcher. Je suis résolue à n’être qu’une image pour ceux qui le veulent…

 

Pour la première fois depuis ton départ, j’aime à nouveau les nuits d’hiver, la perte brutale de lumière, l’odeur des eaux brumeuses qui coulent en bas de mon logis. Les jours qui filent, l’obscurité, ne m’angoissent plus. Je n’ai pas peur de ce qui n’est pas.

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