Pourquoi j’ai toujours mon sapin de Noël en mars.

Quinze mars. Dans mon salon, au pied de la cheminée, se dresse mon sapin de Noël en plastique. Je ne me résous pas à le démonter. La grisaille, les tempêtes de neige, le froid galopant, ont repoussé sans cesse le moment où j’enlèverais les étoiles dorées, les boules en verre, les pommes de pin, la guirlande, qui confèrent ce côté douillet à mon intérieur quand je m’allonge pour la sieste avec un bon livre.

Dans les jardins, pas un bourgeon. Pas une fleur. Et je devrais ranger le seul objet qui me fasse aimer l’hiver ? Qui égaye chacune de mes soirées, quand la nuit tombe ? Je l’ai pris en plastique. C’est bien pour défier le temps. Pas d’aiguilles au sol qui m’inciterait à débarrasser le salon dès l’Épiphanie. Rien ne presse. Pâques est dans deux semaines. Les employés municipaux, ce matin, viennent tout juste de décrocher les illuminations de Noël au-dessus de la chaussée, en centre-ville. On ne les allume plus depuis la mi-janvier, mais à cause des intempéries, on avait autre chose à faire.

Je me souviens du jour de décembre où nous avons ressorti les cartons aux précieuses boules, celles que je collectionne depuis des années et dans lesquelles se reflètent les meubles du salon : celles en verre bleuté, aux motifs en plumes de paon, les blanches à strass rapportées d’un voyage à Prague, les vertes à sequin achetées dans un magasin disparu depuis, à Paris. Et puis les anges pailletés, les guirlandes en perles, les plumes, les pommes de pin dorées. C’était un samedi… Je m’en rappelle. Je n’avais pas été capable d’accrocher les décorations aux branches. J’étais trop lourde, trop ronde.

 

Est-ce pour graver ce jour à jamais que je suis incapable d’en finir avec Noël, à neuf jours du printemps ? La lune était si belle, cette nuit-là, par-delà la crête des arbres, près de l’hôpital. Un croissant rouge à l’horizon.

Dans le reflet d’une boule, un berceau vit désormais, à côté du sapin.

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