Dimanche 23 octobre 2011

Femme libre, toujours tu chériras la mer…

Comment ai-je pu résister à l’appel de l’Océan aussi longtemps ?  Celui qui m’a vu naître :  cette plage battue par les vagues, bétonnée, vingt-et-unième arrondissement de Paris deux mois sur douze… Justement, à cause de ces mois estivaux, intenables, où je ne m’y retrouve pas. Où le bruit, la foule des touristes, ne me parlent pas. J’aime La Baule quand les maisons secondaires sont abandonnées, quand les rues sont vides et que la nuit tombe tôt. Que la plage déserte est jonchée d’algues, de coquillages et de morceaux de bois polis par le ressac. Les parfums de mon enfance, la liberté, la lumière, sont alors immuables.

Tout à l’heure, vacances d’automne obliges, week-end, l’Avenue de Gaulle était noire de monde ; il y avait une circulation dense sur le Boulevard de Mer. Mais nous avons emprunté à vélo des chemins de traverse entre les villas en retrait. Les odeurs d’iode et d’humus mêlés, le cri des mouettes, le ciel d’un bleu de cinéraire, parvenaient à mes sens avec violence, force, comme si chaque atome de mon corps réclamait son dû, me reprochait  l’abandon des racines, cet arrachement à la terre natale. Je ne sais si la vie me fera quitter la grisaille pour retourner au bord de la mer car l’agitation, la vie trépidante, les nuits de Paris, me sont tout aussi chères. J’ai appris à aimer la puanteur du métro, les odeurs de pourriture et de sueur, la foule compacte aux heures de pointe, les lignes abruptes des barres d’immeubles en banlieue, l’anarchie des panneaux publicitaires plantés sauvagement, parce qu’il y a aussi la chaleur d’un bar, l’euphorie d’une nuit le long de la Seine, la surprise d’une exposition peu fréquentée et bien sûr, les amis. Et puis je me moque du futur. Si déjà je peux vivre le moment présent sans penser aux jours anciens, l’essentiel est atteint.

 

Mais il y  a peu, au moment où le soleil se couchait dans les branches du marronnier, ce moment si particulier où le ciel pâlit sans pudeur, qu’il se met à nu pour la nuit, le passé m’a saisi à la gorge. Le pincement des regrets s’est emparé de ma joie, a malaxé les souvenirs amassés, et m’a possédée une dernière fois. La  nostalgie s’est éteinte d’elle-même. J’ai réussi à mettre les peines, les craintes, les démons, dans une boite hermétique. Je l’ai déposée dans le puits du jardin et me suis jurée de ne plus l’ouvrir. Alors les promesses des jours à venir se sont élevées dans l’obscurité vaporeuse ; les ivresses, les rires, la musique, la frénésie, comme des alcools qui rendent fous, se sont cabrés. Le ciel a tourné au-dessus de ma tête et je suis tombée dans l’herbe, sur le tas de feuilles mortes qui tanguait, déjà saoule tandis que la mer au loin pénétrait mon âme.

 

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