Oct 22 2011

Jeudi 20 octobre 2011

La nuit dernière, j’ai rêvé d’une forêt tropicale dans laquelle je m’étais perdue, ivre de tendresse, libre de toute attache. La lumière éclatait dans les cimes et les singes sacrés grimaçaient, masques ébahis, possédés par l’amour. Les temples s’élevaient, hiératiques, couverts d’une mousse lascive, enroulés de lianes sensuelles et moi, perdue dans la jungle, je demandais aux dieux mon chemin dans le bruissement continu des cascades.

Soudain, nos regards se croisèrent. Éclats d’ambre, joyaux d’ébène où luisaient nos âmes. Je contemplai cette face étrangement familière, humaine, figée, ces yeux si vifs . L’éternité s’ouvrait, toutes limites abolies. Les bruits s’étaient tus. Les minutes égrenèrent leur course dans le sablier profane au rythme d’un battement lancinant. Je m’approchai. Alors le cri jaillit du fond de la nuit, brutal, suraigu, déchirant. Danse des esprits simiesques dans le feu ardent, démoniaque. Le charme était rompu. J’avais cru l’espace d’une seconde voir un frère, un ami. En un instant, je fus cernée par ses semblables.

Les singes fous hurlèrent. J’avais pénétré leur sanctuaire, je devais payer. Je n’avais pas d’offrande. Ils bondirent, furieux, dévorèrent mes yeux, mes lèvres, m’enveloppèrent  dans des couronnes de fleurs de frangipanier, et versèrent des huiles odoriférantes sur mes bras nus. Leurs mains agrippaient mes cheveux, les arrachaient en souriant. Ils portaient des pagnes bleus et avaient la peau sombre. Ils m’attachèrent, me roulèrent dans de l’or tandis que l’un d’eux avançait le socle sur lequel mon corps serait fixé. Moi, statue vivante, déesse de chair, livrée en pâture aux bêtes en rut. J’avais cru au sacre, à la chasteté des prêtres. J’avais cru au triomphe de l’esprit sur la matière. Je m’étais fourvoyée.

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